Rosula Blanc | La Giette - CH 1984 Les Haudères
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14.12.2016

Tsarang

Je m’arrête en face de Tsarang qui rumine de l’autre côté de la barrière à un mètre à peine. Il m’observe du coin de l’œil et tout à coup fait un geste brusque de la tête et des cornes comme pour m’attaquer. « Tu es trop proche » me dit il. Je l’arrête avec un « Non » impératif. Ce petit yak d’une année et demie teste ses limites. Mais ce n’est pas à moi de reculer devant lui.  Et ce n’est pas une façon à me parler avec des menaces ! Nous restons face à face. Je n’ai pas envie de partir de ma barrière et lui laisser sa volonté. Il continue à ruminer en m’observant depuis en bas. De temps en temps il répète sa menace d’attaquer. A chaque fois je lève le bras et la voix : « Non ! » Il s’arrête, rumine, m’observe et tout à coup refait son geste agressif. Je ne bouge pas, je me dis que la clôture en bois devrait me protéger de ses cornes si il foncerait. Malgré cela j’ai de temps en temps la chair de poule qui me descend le dos. Pourquoi ? Est-ce une réaction au moment où il pense à attaquer ? Ou au moment où je perds mon espace et lui ouvre la possibilité de m’attaquer ? Je ne veux pas céder devant ce petit yak. Je ne peux pas céder devant lui. C’est important qu’il arrête ses menaces. Sans bouger j’essaie de rester centrée, imperturbable et de fortifier mon espace personnelle. Je ne le regarde pas dans les yeux. Je contemple le paysage. En périphérie je vois Kubilai en « discussion »  avec Nayan – ils semblent parler un peu du même sujet que je suis en train de discuter avec Tsarang. J’essaie d’imiter Kubilai : le regard sans focus arrêté dans le vide à côté de mon partenaire, le corps comme un rock, projetant cette force et immobilité autour de moi. Cela semble calmer un peu le raisonnement insistant de Tsarang qui ne fait plus de mouvements d’attaques, mais malheureusement notre discussion est interrompue sans que nous ayons vraiment résolu notre problème  par un yak dominant qui chasse Tsarang. 
Un peu plus tard sur le pâturage nous sommes de nouveau face à face. Cette fois j’ai un bâton dans la main et quand il me refait son geste, je tape par terre devant Tsarang avec mon bâton pour le faire reculer. Il part et se pose derrière Saga qui est couché. Je vais caresser Saga et comme Tsarang ne menace plus, je le gratte doucement derrière les oreilles avec mon bâton (il ne se laisse encore que rarement toucher avec la main). Il apprécie. Je continue un moment et pars. Nous avons fini notre discussion sur un moment positif.