Rosula Blanc | La Giette - CH 1984 Les Haudères
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20.01.2018

Hiver

Lundi dernier je suis descendu à Sion pour donner mes cours de QiGong et Taichi. 
Ca m’a fait un vrai choc de descendre et de voir qu’il n’y a pas de neige, que c’est presque vert, que la vie de la civilisation humaine continue normalement dans les magasins, les bureau, les petites villas et les appartements…
Une fois descendue ma vie dans la neige me semblait comme un mirage – tout ce que je vis là-haut - la neige, les tempêtes, la présence des avalanches, le silence, la concentration et l'observation continuelle de la nature - me semblait tellement loin. Comme si je n’existais pas vraiment, comme si tout n’était qu'un rêve.
J’ai du aller m’asseoir et boire un café et respirer doucement pour digérer tout cela.
 
Maintenant je suis de retour dans ce monde en dehors du monde qui n’existe pas dans la conscience générale et qui est, tout de même, tellement réel pour moi et mon troupeau. Ce n’est pas la grande aventure comme on aimerait s’imaginer cette vie vue de la civilisation. Il n’y a rien de spectaculaire sauf de rares moments à braver la tempête.  Les moments d’aventure, les personnes qui partent pour un week-end de peau de phoques en montagne, les vivent beaucoup plus intensément que moi. L’inhabituel c’est que moi, je reste – à travers les tempêtes et le beau temps. Jour après jour le même paysage - pas la même lumière, pas la même ambiance - mais le même paysage. Jours après jour des tâches qui se ressemblent : faire du feu, nourrir le troupeau, peler la neige, cuisiner, étudier, lire, dessiner… et dormir. C’est dans la durée, dans le temps, dans la continuation du silence et de la solitude, de l’observation et de l'adaptation à la nature que l’ailleurs se manifeste. C’est dans la durée que ce fait l’apprentissage, que le changement s’inscrit dans le corps et l’âme et que se reconstruit la relation à soi-même.
 
Et n’est-ce pas le temps, la patience, la durée de l’apprentissage ou de l’expérience qui nous manque le plus dans notre monde moderne ?  On est dans le faire – faire pleins de choses, pleins d’expériences - mais on oublie de vivre – vivre profondément. 
Ici, je ne fais pas beaucoup, mais je vis l’hiver - tout simplement…