Rosula Blanc | La Giette - CH 1984 Les Haudères
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20.03.2018

Foin

Il fait très froid pour la saison : -10° la nuit, la neige ne font que lentement, il y a toujours un mètre de neige bien tassée, le printemps se fait attendre, et les granges se vident inexorablement… Donc hier j’ai commandé l’hélicoptère pour faire monter du foin ! Cette opération extraordinaire a été plus compliqué que prévu parce que les grandes bottes de foin de 500kg n’avaient pas été chargées correctement pour que l’hélicoptère puisse les prendre facilement. Heureusement il y avait Mary qui était en-bas et faisait de son mieux pour trouver une solution avec les assistants de vol.

Finalement les balles ont atterri à la Giette et les yaks se régalent au bar à foin… Pendant que Mary et moi rentrent les 1500kg restant dans les granges….

J’ai pu financer cette opération avec l’argent gagné la semaine dernière en accompagnant la troupe de tambours japonais Kodo sur leur tournée en Suisse.

Ça fait 20 ans que j’assiste Kodo derrière la scène pendant leurs spectacles en Suisse ! J’ai vu passer des générations de jeunes joueurs, j’ai vu les concerts évoluer, se transformer… A chaque fois c’est presque un peu comme rentrer à la maison de les retrouver, même que les visages changent, la politesse, la perfection, la professionnalité, l’harmonie du déroulement, la vigueur du jeu et l’immense vitesse avec laquelle la scène est montée et démontée restent. 

Ce que je fais ? Je suis responsable pour le bien-être des musiciens et du staff, je fais les commissions, organise à manger, fais des quantités infinies de « onigiri » (boulettes de riz japonaises), je traduis si nécessaire, j’écoute et assiste la productrice Suisse…. Bref, je suis présente et prête à tout faire et cela semble rassurer tout le monde.

Cette année la tournée en Suisse était très dense, très dure, avec beaucoup de déplacements, souvent encore la nuit après les spectacles et chaque jour un nouveau théâtre… Mais même que c’était la course chaque matin pour réussir à préparer à manger pour tous jusqu’à midi et que faire de la cuisine dans les coulisse d'un théâtre est une chose qui demande beaucoup d’improvisation et de flexibilité, un peu comme la cuisine de camps lors des treks avec les yaks ; et que les journées étaient très longues - malgré tout, intérieurement je me sentais presque comme en vacances dans cette ambiance de travail tellement agréable portée par le groupe – c’était étonnant. 

Le dernier soir après le concert je suis allé boire une bière avec le staff japonais, on s’est retrouvé autour d’une petite table dans un bar bruyant en nous regardant avec de grands yeux et beaucoup de soulagement : nous avons réussi cette semaine intense ! En trinquant avec le stage manger Takeshi –un des rares «anciens» qui voyagent encore avec la troupe (il y a 20 ans Takeshi jouait sur scène comme jeune musicien et c’est moi, l’ex-danseuse butoh revenue du Japon depuis peu, qui était la stage manager côté Suisse) - j’avais presque les larmes aux yeux en pensant à cette année tellement intense qui est derrière moi et où, je me rendais soudainement compte, je n’avais jamais été dans un bar boire une bière ! 

Merci à Kodo – et la production Suisse - de m’avoir permis de financer ce transport de foin en travaillant pour eux. Merci à Sandrine et Mary qui ont gardé la ferme et le troupeau en mon absence et m’ont ainsi permis de partir une semaine.